1.11.10
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À tout moment et dans tous mes gestes en peinture, il y a, profondément ancré en moi cette attention au monde, aux traces, à la mémoire, cette façon d’observer et d’écrire qui ne saurait être autre que le fruit d’années et d’années à patiemment raconter, construire, croiser, tisser, décortiquer, touche par touche, des histoires, des vies et des lieux sur une autre toile, celle du cinéma.
Le cinéma, ma seconde peau, celle qui m’a protégée de moi-même, que je porterai longtemps encore sur mes épaules parce que tout ce qui parvient à émerger du plus profond de moi ne peut prendre forme, venir effleurer une toile ou un bout de papier qu’en la traversant.
Une image me hante et me guide, la toute première de la télé de mon enfance, une nuit de 69 où nous avons bien cru posséder enfin la lune. Mon image à moi, cette nuit-là, était celle de la terre vue depuis la lune. Alors, puisque j'en étais, il me fallait la parcourir…
Au coeur de mes incessantes transhumances, de Paris à Madras, l’univers de l’atelier a remplacé celui des salles obscures. Il y a là, le laboratoire silencieux et serein de mon enfance, la fébrilité des heures oubliées au fil du pinceau, et cette nécessité, d’aller toujours plus avant en quête d’une série d’imperceptibles évidences, de témoignages, certes abstraits mais néanmoins intimement reliés au monde, à l’époque et aux cultures qui m’entourent. C’est cet invisible-là que je tente jour après jour d’approcher dans la plus grande sincérité, avec l’espoir que d’autres puissent parfois y puiser un peu de cette énergie vibrante, vitale que je sens poindre ici ou là, au détour de l‘un de mes « ailleurs ».
N. Tarbouriech
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